Usage du terme « impacter » : vers une systématisation des châtiments corporels ?

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Il y a quelques années déjà, le terme « impacter » a fait une entrée fracassante au cœur des discussions d’experts. Fort de cette légitimité, il s’est infiltré dans les couches les plus profondes de notre société sans rencontrer la moindre résistance. Pourtant, un certain nombre de voix s’élèvent aujourd’hui. Des voix qui réclament un durcissement des sanctions prises à l’encontre de ses utilisateurs. Il est temps de faire le point sur le sujet.

« Impacter » : entre mythe et réalité

La première introduction du mot « impacter » dans le dictionnaire date de 1962 – information qui aurait tendance à clore le débat de manière prématurée. J’enjoins toutefois ses utilisateurs les plus zélés à laisser le champagne au frais puisqu’à l’origine, la définition du terme s’inscrivait dans le champ médical. Impacter voulait alors dire : « solidariser avec force deux organes anatomiques rigides ou un organe et une prothèse de manière à rendre l’ensemble résistant« . Rien à voir, donc.
Mais, étrangement, cette définition a aujourd’hui disparu des éditions en ligne du Larousse et du Robert. Comme si des forces obscures avaient nettoyé la place. A une époque où complot et réalité entretiennent des relations ambiguës, ce constat fait froid dans le dos.

La seule définition aujourd’hui inscrite dans le dictionnaire au terme « impacter » est celle que nous connaissons tous.
Depuis 2006, le Petit Robert énonce cette définition : « avoir un impact, une incidence, des répercussions sur« . Le Petit Larousse, lui, s’est accordé un temps de réflexion supplémentaire. Mais il a plié et admet la définition suivante depuis 2010 : « Avoir un impact, une incidence, généralement négatifs, sur ; se répercuter sur« . Ainsi, quatre années auront permis au Larousse d’évaluer que le terme est le plus souvent utilisé à des fins de description péjorative.
Là encore, le débat semble clos : « impacter » est défini quelque part, on peut donc l’utiliser sans scrupule. Sauf que, là non plus, les choses ne sont pas si claires. Le champagne attendra encore un peu.

« Impacter » : un terme taillé pour faire autorité

Tout défini qu’il soit dans les dictionnaires courants, le terme « impacter » est récusé par l’Académie française. Rien que ça. Les membres de l’Académie française déplorent l’invention d’une forme verbale, dérivée de la langue anglaise, dont le seul souci est en réalité une économie de mots et d’effort.
L’Académie française propose de plutôt utiliser les termes « affecte », « a des conséquences », « modifie », « touche », « a une incidence », « a des répercussions »… L’usage de l’un ou l’autre de ces synonymes doit permettre de contrarier l’appauvrissement de la langue induit par l’usage d’un seul et même terme dans toutes les situations.

Mais l’appauvrissement de la langue n’est pas le plus grand péril lié à l’usage du terme « impacter ». Comme le dit Philippe Delaroche (Caïn et Abel avaient un frère, Éditions de l’Olivier / Le Seuil, 2000, p. 23) : [le terme « impacter »] fait autorité plus qu’ils ne signifie. Il atteste de l’appartenance du locuteur à la sphère managériale.
Ainsi, l’objectif poursuivi par certains utilisateurs du terme n’est pas d’expliquer. Car un terme qui en remplace dix autres n’a pas vocation à expliquer. L’objectif poursuivi par ces utilisateurs est d’affirmer un lien de causalité et de rappeler leur place d’expert.

Par une forme de mise en abîme assez vertigineuse, un terme taillé pour faire autorité s’est donc lui-même imposé avec autorité dans le langage courant, en quelques années seulement. L’adopter sans sourciller renferme un certain danger : celui de faire jurisprudence et d’ainsi laisser place à des tas d’autres termes imprécis, sans valeur explicative. Mais le rejeter avec trop de systématisme renferme un autre danger : celui de ne pas vivre avec son temps.

Stéphane Mouton | Rédacteur web SEO et photographe d'illustration à Angers

Quelle pratique pour le rédacteur web SEO ?

Au regard de ce que je viens de dire, le châtiment corporel apparaît un peu excessif, quoique très tentant. La diversité fait partie de ce monde, et puisque le terme existe, autant lui faire une petite place.
Tout est question de dosage, néanmoins. Libre à chacun de suivre la mode sans se poser de question. Le rédacteur web SEO, lui, par contre, pourra utilement faire office de barrage filtrant. Puisque son travail est de délivrer des informations, voire des explications, il est de son devoir de garantir une belle richesse dans l’usage de la langue. Et d’ainsi éviter les raccourcis sémantiques que sont « impacter », « investiguer », « ambiancer », « générer »…

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